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Perspectives KDIGO pour améliorer la qualité des soins de la MRC

Mise à jour : 0000 - Mise en ligne : 6 avril 2025 - Temps de lecture estimé : 4 min.
 
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La maladie rénale chronique (MRC) constitue une pathologie impactant plus de 850 millions d’individus à l’échelle mondiale, soulignant ainsi l’urgence d’initier des mesures préventives et de contrôle. La dernière décennie a vu émerger des perspectives novatrices concernant la qualité et la précision des soins offerts aux patients atteints de MRC, grâce au développement d’outils et d’interventions dédiés. Parmi ces avancées, les nouvelles biomarqueurs, les techniques d’imagerie, l’intelligence artificielle et des stratégies d’organisation des soins, ont permis d’améliorer la détection, l’étiologie, l’évaluation des mécanismes prédominants en fonction du stade de la maladie, et l’identification des patients à haut risque de progression ou d’évènements associés. L’intégration des concepts de médecine de précision dans la prise en charge de la MRC est en cours de développement, nécessitant un dialogue continu sur les implications potentielles pour la prestation des soins.

La conférence de 2022 de KDIGO sur l’amélioration de la qualité des soins de la MRC : Tendances et Perspectives, a cherché à examiner les meilleures pratiques pour améliorer la précision du diagnostic et du pronostic, gérer les complications, renforcer la sécurité des soins, et maximiser la qualité de vie des patients. Les outils et interventions existantes pour le diagnostic et le traitement de la MRC ont été identifiés, et les obstacles à leur mise en œuvre, ainsi que les stratégies d’amélioration de la qualité des soins délivrés, ont été discutés. Les lacunes dans les connaissances et les domaines nécessitant des recherches supplémentaires ont également été soulignés.

La première directive sur la MRC, publiée en 2002 par le Kidney Disease Outcomes Quality Initiative, a mis en exergue l’importance de l’identification et du stade de la MRC selon le débit de filtration glomérulaire (DFG). En 2009, une méta-analyse regroupant 45 cohortes et plus de 1,5 million d’adultes a été commanditée par KDIGO pour étudier les associations entre le DFG estimé (DFGe) et l’albuminurie avec les issues rénales et la mortalité, aboutissant à une conférence internationale sur ces découvertes. Les participants ont convenu de modifier la classification de la MRC en ajoutant des catégories d’albuminurie à chaque stade de la MRC et de subdiviser le stade G3 en deux, aboutissant à la création de la cartographie thermique de KDIGO.

La décennie suivant la directive de 2012 a vu une expansion des outils disponibles pour le diagnostic et le traitement de la MRC. De nouveaux médicaments, comme les inhibiteurs de la SGLT2 et un antagoniste minéralocorticoïde non stéroïdien, ont montré des effets prometteurs dans le retard ou la prévention de l’insuffisance rénale et la réduction des évènements cardiovasculaires chez les patients atteints de MRC. Toutefois, leur mise en œuvre semble lente, soulignant la nécessité d’adresser d’autres issues cliniques et symptômes affectant le bien-être et la qualité de vie des individus atteints de MRC.

L’impact grandissant de la MRC

L’impact grandissant de la MRC, qui touche environ 9% de la population mondiale, rend sa prévention et son contrôle impératifs. Les complications associées à la MRC exacerbent la gestion et le taux de mortalité de nombreuses conditions chroniques comme les maladies cardiovasculaires et le cancer, ainsi que les infections aiguës telles que le VIH et le SARS-CoV-2. Les conditions climatiques extrêmes augmentent également les risques de mortalité liés à la MRC. Les populations à ressources limitées, avec un accès réduit aux soins de santé et une faible littératie en santé, sont les plus vulnérables face à la maladie rénale et ses complications associées.

Diagnostic, pronostic et stratification du risque

Les défis existants en matière de diagnostic, de stade et de pronostic dans la MRC sont multiples. Une évaluation précise du DFG demeure centrale pour la définition, le stade, et l’élaboration des plans de traitement de la MRC. Cependant, le DFG ne peut être mesuré facilement en pratique clinique, et toutes les méthodes pour mesurer le DFG (DFGm) et estimer le DFG (DFGe) sont sujettes à des biais et imprécisions. Le taux de créatinine sérique, couramment utilisé pour estimer le DFG, est influencé par de nombreux facteurs non liés au TFG, rendant son interprétation complexe. De plus, l’albuminurie, tout aussi cruciale pour la définition et le stade de la MRC, est évaluée via le ratio albumine-créatinine urinaire (RAC), bien que la fréquence recommandée pour l’évaluation de l’albuminurie demeure à définir en fonction des différentes populations.

Les fonctionnalités tubulaires rénales, bien que souvent négligées en pratique clinique, jouent un rôle essentiel dans diverses fonctions rénales. Des biomarqueurs plasmatiques et urinaires ont été proposés pour évaluer les fonctions et dommages tubulaires, mais leur utilité clinique reste à démontrer. Les controverses persistent également sur la prise en compte de l’âge, du sexe et de la race dans la définition des seuils de la MRC et des stades de la MRC, notamment en ce qui concerne l’incorporation de la race dans les équations estimant le DFG.

L’essor technologique et le développement ont élargi les possibilités d’évaluations à domicile ou décentralisées, potentiellement applicables dans divers contextes économiques et à ressources limitées. Les biopsies rénales, bien qu’intégrales pour le diagnostic, fournissent des informations sur les voies et modèles uniques de la maladie, guidant ainsi les thérapies et informant les essais cliniques. De nouvelles technologies en cours de développement, notamment l’analyse avancée des biopsies, les biomarqueurs liquides, les méthodes d’imagerie, l’intelligence artificielle, et les systèmes d’apprentissage pour l’intégration des données, offrent un potentiel considérable pour améliorer l’identification des étiologies de la MRC chez les patients individuels et évaluer les mécanismes pathologiques dominants.

Les approches multi-omiques pour l’identification de nouveaux biomarqueurs sont nécessaires pour appliquer la médecine de précision aux maladies rénales. Les algorithmes assistés par l’intelligence artificielle (IA) peuvent intégrer des informations issues de biomarqueurs, d’imagerie, de biopsies, de caractéristiques démographiques et cliniques, et de données rapportées par les patients, facilitant ainsi la prise de décision clinique. L’évolution rapide de l’imagerie rénale, notamment l’IRM rénale, offre des mesures non invasives, quantitatives et fonctionnelles pouvant informer différents aspects de la pathophysiologie de la MRC sans nécessiter d’agents de contraste.

Conclusion

En conclusion, la MRC est un problème de santé mondial croissant nécessitant une action immédiate pour améliorer le diagnostic, la prise en charge et le pronostic. Les avancées récentes en matière de biomarqueurs, d’imagerie, d’IA et de stratégies d’organisation des soins promettent d’améliorer la qualité et la précision des soins pour les patients atteints de MRC. Une discussion continue sur les implications potentielles de ces avancées pour la prestation des soins est impérative pour assurer une prise en charge optimale de la MRC.

 
 

Références

Eckardt KU, Delgado C, Heerspink HJL, Pecoits-Filho R, Ricardo AC, Stengel B, Tonelli M, Cheung M, Jadoul M, Winkelmayer WC, Kramer H ; Conference Participants. Trends and perspectives for improving quality of chronic kidney disease care : conclusions from a Kidney Disease : Improving Global Outcomes (KDIGO) Controversies Conference. Kidney Int. 2023 Nov ;104(5):888-903. doi : 10.1016/j.kint.2023.05.013. Epub 2023 May 26. PMID : 37245565. free